Après son baccalauréat scientifique, Olivier ne savait pas vraiment vers quelle filière se diriger. De culture familiale scientifique, il a poursuivi tout naturellement dans cette direction. Mal conseillé, il a fini par rater les inscriptions en classes préparatoires pour intégrer une école d’ingénieur agronome. Alors qu’il pensait présenter de nouveau ses dossiers l’année suivante, il a décidé de rejoindre en attendant des études de pharmacie (la première année n’était pas encore une année commune avec d’autres études de santé) intéressé par la transversalité de ce domaine très riche à la frontière entre la biologie, la chimie, les mathématiques et de nombreuses autres disciplines scientifiques. Finalement, cette première année d’études lui a beaucoup plu. Il a pu notamment se rendre compte de la diversité des possibilités et ne pas se cantonner au stéréotype du pharmacien dans son officine, en blouse blanche et entouré de ses préparateurs. Aujourd’hui, dans l’industrie, il a déjà occupé différents postes, gagné en leadership et, dynamique et ambitieux, apprécie à chaque fois les nouveaux challenges qui s’offraient à lui. 

Son Conseil

« Il est essentiel de découvrir les différents métiers de la pharmacie pendant sa formation. »

Son cursus universitaire

Un parcours fait d’opportunités

Lorsqu’il a suivi ses études de pharmacie, la 1ère année était déjà sanctionnée par un concours mais il n’était pas commun avec d’autres domaines de la santé (comme aujourd’hui avec PACES).

A la découverte des différents secteurs

« La première année est très sélective, il y a une grande quantité de connaissances à assimiler, je n’ai pas su m’organiser tout seul. J’ai donc raté le concours avant de me reprendre en main l’année suivante. »
Le concours en poche, les 2nde, 3e et 4e années sont en tronc commun. « On commençait à se spécialiser seulement en 5e année. Mais cela nous a laissé aussi le temps de bien découvrir les principales facettes de la pharmacie et de faire notre choix. » Aujourd’hui, la spécialisation se fait au cours de la 4e année, charnière dans le cursus de pharmacie. Trois filières sont alors au choix, à savoir l’officine, l’industrie-recherche et l’Internat, (en quatre ans après la 5e année).
En début de 2e année, les étudiant.e.s ont un stage obligatoire à réaliser en officine. Au cours du cursus, en 3e et/ou 4e année, les étudiants ont aussi l’opportunité de faire l’externat et donc d’aller travailler dans les laboratoires d’analyse ou les pharmacies hospitalières. C’est pour cette option qu’Olivier a finalement opté.
« Nous étions un certain nombre à aller faire l’externat et/ou à travailler en officine comme je le faisais tous le samedis. Ce sont des efforts à faire mais c’est aussi sur le terrain que l’on apprend notre métier. Il faut se donner les moyens, aller chercher les expériences, ne pas demeurer passif et voir le maximum de choses à des endroits différents. »

En 5e année, les étudiants doivent effectuer une année hospitalo-universitaire, à mi-temps à l’hôpital. Puis, ils peuvent faire une 6e année officinale, ou “industrielle courte” ou continuer pendant quatre ans avec l’internat afin de se spécialiser dans le domaine de leur choix, Pharmacie Hospitalière, Analyse Biologique, Pharmacie Spécialisée (recherche) ou Pharmacie Industrielle et Biomédicale aussi appelée “industrielle longue”.

Le choix de sa spécialisation

L’externat lui a donné l’envie de faire l’internat. Il a donc passé le concours et, de par ses rencontres lors de son externat, s’est orienté vers la Pharmacie Industrielle et BioMédicale (aujourd’hui le choix se fait entre Pharmacie Hospitalière et Biologie Médicale ce qui n’empêche pas les internes d’aller vers l’industrie). « Les expériences accumulées, le choix s’impose presque de lui-même. Il faut construire son parcours que ce soit dans les études supérieures ou au travers des différentes expériences terrains. J’ai décidé de faire de l’industrie en passant par l’Internat. Mais à côté de ça, j’ai validé ma 6e année officinale. » Il a donc choisi le parcours le plus long et qui semblait le plus riche en terme d’employabilité, comme faire de l’analyse biomédicale ou aller travailler à l’hôpital. S’il souhaite quitter un jour l’industrie et changer, il le peut.

A noter : Les études de pharmacie offrent de nombreux débouchés, avec un taux d’insertion des diplômés de 100%. Même si une grande partie des étudiant.e.s suivent la voie de de l’officine (70%), le métier le plus connu, il est également possible de travailler dans les industries pharmaceutiques, les pharmacies hospitalières, les laboratoires d’analyse (biologie médicale) ou encore dans la recherche.

La mixité durant ses études

Les études de pharmacie attirent nettement plus de filles.

Plus de 60% de filles

Lors de la PACES, les filles sont près de 65% des candidat.e.s. Ensuite, sur l’ensemble du cursus de pharma, elles constituent 65, 7%.
Loin d’être machiste, cette réalité n’a pas dérangé Olivier qui a même vu en cela que des atouts : « L’ambiance de travail était saine et studieuse ce qui me convenait très bien. J’ai noué de solides amitiés. » 

Ses quatre années d’internat

A l’issue des études, il a donc réalisé quatre années d’internat.

Orientation vers l’industrie

En général, les jeunes internes changent tous les six mois de poste. Pour sa part, il a fait à chaque fois des cycles d’un an : d’abord à l’hôpital, dans des domaines charnières avec l’industrie pharmaceutique (cultures cellulaires, essais cliniques), puis sur un site de production industrielle à Saint-Genis-Laval, en Assurance Qualité et validation de conditionnement, puis en dernière année d’internat, à la Direction des Laboratoires et Contrôles de l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé).
C’est son expérience sur site industriel qui lui a confirmé cette envie de se diriger vers le milieu de l’industrie.
Les industries pharmaceutiques pâtissent selon lui d’une mauvaise réputation, voire elles sont diabolisées à lire la presse, à regarder les reportages et fictions. Elles demeurent pourtant un secteur industriel stratégique pour la France, aux exportations excédentaires, juste derrière l’aéronautique et le spatial.
Comme toutes les entreprises, elles se doivent de faire des bénéfices pour réinvestir dans leur développement et dans leur recherche. « Elles ont aussi un rôle de santé publique qu’il ne faut pas oublier ! » en mettant à disposition des médicaments, en garantissant efficacité, innocuité et sécurité. 

Son parcours professionnel

Une fois son internat terminé, il n’a pas réalisé sa thèse immédiatement mais a recherché directement du travail dans le secteur de l’industrie.

Une opportunité chez MERIAL

Il a notamment envoyé une candidature spontanée chez MERIAL. Juste à ce moment-là, une opportunité s’est présentée dans l’entreprise, une personne quittait un poste de responsable qualité au département d’engineering et maintenance : « Je suis arrivé au bon endroit, au bon moment. Mais la chance ne sourit qu’aux esprits préparés. »
Ainsi, après une courte période de recherche d’emploi, il est rentré assez rapidement chez MERIAL. Pendant quatre ans, il a travaillé sur la validation des outils de production de vaccins.
A l’issue de ces quatre années, alors que son travail ne nécessitait pas qu’il déclare son diplôme de Pharmacien, son chef lui a demandé de valider son doctorat pour des questions de quota réglementaire de diplômes (Pharmaciens et Vétérinaires) dans l’industrie. Durant six mois, il a réalisé sa thèse en parallèle de son emploi. « L’avantage d’exercer dans une entreprise que je connaissais bien, c’est que j’ai pu faire un lien étroit entre théorie et mise en application. »
Une fois son doctorat obtenu, peu de temps après, l’occasion s’est présentée de changer de poste avec le transfert d’activités depuis le site historique de Gerland vers le nouveau site de Saint-Priest : « Ils recherchaient un chef de projet pour ce transfert. J’ai accepté afin de découvrir plus en profondeur la gestion de projets  aux côtés des ingénieur.e.s.  C’était un défi très intéressant qui s’est étendu sur une durée de quatre ans. Nous sommes partis de rien pour concevoir tout un bâtiment pharmaceutique jusqu’à sa mise en service et la remise des clés aux utilisateurs ».
« Le projet terminé, j’ai fait le grand saut. » Aujourd’hui, il occupe la fonction de Senior project manager en sourcing pharmaceutique. Il a quitté le côté vaccin pour rejoindre le département plus traditionnel du médicament « chimique » et son équipe de sourcing (terme anglophone : action de rechercher des sources alternatives de matières premières, actifs pharmaceutiques, articles de conditionnement, voire des nouveaux sites de fabrication pour les médicaments eux-mêmes). 

La maitrise de l’anglais

Quelque soit le poste occupé dans le domaine pharmaceutique, l’anglais est indispensable (le lire, l’écrire, le parler, le comprendre). Il faut aussi connaître les différences culturelles entre les pays pour être en phase avec les attentes des équipes et des clients.
Ainsi, il passe les trois quarts de ses journées à écrire et parler anglais. « C’est un gros avantage d’être bilingue à ce niveau-là… Et ce n’était pas mon cas ! La maîtrise d’autres langues est aussi clairement un atout. Nous travaillons notamment avec la Chine et le Brésil. » Les expériences à l’étranger peuvent donc être très intéressantes et valorisantes dans un parcours. Elles peuvent faire la différence entre deux employé.e.s à qualification égale. 

Son métier de Senior Project Manager en Sourcing Pharmaceutique 

Sa vision

Les aspects les plus plaisants du métier :

  • le côté humain et interactif: toujours intéressant d’échanger
  • absence de routine : tous les jours, il est confronté à quelque chose de nouveau, le challenge est permanent
  • l’aspect créatif : devoir s’adapter et être capable de trouver des solutions innovantes.

Les aspects plus négatifs :

  • tendance à avoir la « tête dans le guidon » : l’organisation de l’entreprise rend difficile d’anticiper les choses faute de moyens et entraine un mode de fonctionnement basé sur l’urgence.

 Zoom sur ses missions

Gestion de projet

Quand il y a un nouveau produit à industrialiser ou un produit existant pour lequel il peut y avoir un problème de source, d’approvisionnement en matière, Olivier doit recommander des solutions.

Réactivité et travail d’équipe

Il est en charge de récupérer le dossier, de comprendre et structurer le besoin, d’organiser une équipe pluridisciplinaire et compétente autour de lui (des représentant.e.s des domaines du réglementaire, de la qualité, de l’approvisionnement, des expert.e.s techniques) pour identifier de nouveaux candidats, les évaluer jusqu’à les recommander.

C’est un poste transversal : « Je suis un peu l’animateur des équipes constituées de participants de différents départements de façon à ce que les projets avancent. Au fur et à mesure des projets, il nous faut formuler les problématiques, les expliciter et trouver des solutions aux problèmes qui apparaissent. C’est un poste intéressant qui fait appel à des connaissances techniques sur les procédés de fabrication, la synthèse chimique, les réglementations pharmaceutiques très strictes, jusqu’à des aspects plus pratiques de distribution et de transport des produits. » Cette fonction touche à des domaines très différents et implique de travailler avec des personnes d’horizons divers.
Dans ce fonctionnement en mode projet, il y a inévitablement une absence de routine. Au fur et à mesure des réunions, il doit s’assurer que les projets avancent étape par étape, selon le plan d’actions prédéfini, et dans le respect des délais et des budgets.
Les enjeux peuvent être très importants. Il s’agit parfois du seul traitement sur le marché mondial qui existe pour soigner une maladie comme, par exemple, un médicament curatif contre les vers du cœur, maladie mortelle chez le chien. Il faut être alors réactif. Il a dû constituer un dossier de consultation récapitulant toutes les informations sur le produit : comment il est fabriqué, les réglementations à suivre, la façon de le produire, de le conserver, de le contrôler… Une fois complet, il expédie le dossier aux différents sous-traitants candidats puis étudie leurs offres respectives et leurs prix avant de transférer le produit sur le site du nouveau fournisseur retenu. Une procédure longue qui s’effectue en plusieurs étapes : transferts de technologies, essais, fabrication de lots de validation, etc. 

Reporting 

La communication sur le projet est une partie essentielle de son travail. Elle a deux vocations, d’une part, informer les dirigeants pour une prise de décision efficace et, d’autre part, partager l’information au sein des équipes impliquées dans le projet.

Esprit de synthèse de rigueur

Lorsqu’un problème de sourcing se présente, il se doit d’en informer ses responsables. Il doit être capable de faire un état des lieux de la situation et d’exposer la stratégie envisage pour résoudre le problème. En très peu de temps, il doit emporter l’adhésion de ses interlocuteurs et gagner leur confiance sur des sujets très complexes. « J’ai appris à communiquer de la façon la plus directe possible, la plus synthétique et la plus simple possible. » 

Aspects stratégiques

Son métier consiste aussi à identifier et solutionner les problèmes avant même qu’ils arrivent.

Capacité d’anticipation

Autrement dit, il s’agit de faire preuve d’anticipation grâce à la mise en œuvre des bons processus pour repérer les éventuelles problématiques.
Il s’occupe de la planification, de l’organisation des ressources à disposition et de la définition des priorités afin de se focaliser sur les sujets les plus importants.
Il est chargé aussi de veiller à ce que toutes les matières premières utilisées soient toujours disponibles en quantité, en qualité et au juste prix dans un proche et moyen avenir. Il s’assure qu’il n’y aura pas de difficultés d’ordre réglementaire, de disparition ou de rachat de fournisseurs, d’arrêt de la collaboration, qui viendraient perturber la fourniture de ces matières stratégiques.

 

Son environnement professionnel

   La structure

MERIAL, la division Santé Animale du groupe SANOFI, compte plus de 5 600 salariés à travers le monde, dont environ 200 personnes au siège mondial à Gerland.

Saisir les opportunités

Olivier travaille au siège. Dans une telle structure, il est important d’être relativement autonome pour avancer sur les projets tout en suivant le mode de fonctionnement établi, souvent assez rigide et hiérarchisé dans le secteur privé . « Nous avons des comptes à rendre. Chaque année on se fixe des objectifs personnels en fonction de ceux de la division, du groupe. » Le degré d’autonomie, basé sur la confiance, s’acquière progressivement.
Olivier reconnaît sans aucun tabou, être un opportuniste. Il refuse de s’enfermer dans un seul domaine, et de devenir un expert dans quelque chose. Ce qui lui plait c’est de découvrir de nouvelles choses et d’être compétents sur des sujets très divers : « Etre une sorte de couteau suisse avec une vision globale et plus de recul sur mon travail. ». Ainsi, il saisit les opportunités là où elles se présentent.. « Alors que tout le monde pensait que j’allais me diriger vers l’assurance qualité, il y a quatre ans j’ai pris un virage à 90°. »
Il ne se ferme donc aucune possibilité dans les années à venir. Il aura peut être envie de refaire du management direct pour le côté humain et l’aspect accompagnement qui lui plaisent beaucoup.
Il aimerait aussi, en parallèle de son travail chez MERIAL, enseigner et transmettre des savoirs auprès de futur.e.s professionnel.le.s de santé. 

Ses relations professionnelles

Avec son activité de sourcing, il entretient de nombreuses relations avec des personnes issues de différents départements du groupe. Il travaille même plus largement avec des collègues à travers le monde.

Un poste en transversal

Son environnement est donc très contrasté, lié surtout à une mutation ces dernières années dans l’industrie pharmaceutique avec l’arrivée de financiers à la tête de groupes de taille de plus en plus conséquente. Mais on persiste à retrouver à très haut niveau de responsabilités, des professionnel.le.s de santé et des personnes formées dans les écoles de commerce et de management, avec des diplômes internationaux.
Dans son environnement plus proche, à son niveau, il coopère sur les dossiers avec différents corps de métiers : pharmaciens, vétérinaires, commerciaux, ingénieurs, biologistes… Cette diversité est essentielle pour voir sous différents angles un même problème, mieux le cerner et le résoudre efficacement.
Hormis sur le plan individuel où on peut le déplorer certaines fois, il n’y a généralement pas d’esprit de rivalité au sein de MERIAL entre pharmaciens, et peu avec les autres diplômes vétérinaire, ingénieur. « Je suis issu d’une famille d’ingénieur.e.s, je connais à peu près leur ligne de fonctionnement donc en général la collaboration se passe très bien. Nous travaillons tous main dans la main, œuvrons pour le même objectif et avançons dans la même direction. » 

Une majorité de femmes

Dans le milieu de l’industrie, les hommes sont encore bien représentés.

L’industrie, un secteur à part

Autour de lui, dans son département de sourcing, il est entouré par autant d’hommes que de femmes. La section des pharmaciens industriels en France compte 40% d’hommes (à comparer avec l’officine où les hommes ne représentent que 20 à 30% des pharmaciens). Lorsqu’il est amené à travailler avec une équipe pluridisciplinaire, la mixité est également plutôt bien équilibrée. « Avec deux tiers de femmes pendant mes études, j’ai toujours appris à travailler avec elles. Je ne fais aucune distinction, elles sont tout aussi compétentes que les hommes et font souvent preuve d’imagination et de créativité pour trouver des solutions innovantes. C’est toujours important d’avoir des femmes au sein d’une équipe. »
En revanche, on peut déplorer le manque de représentativité des femmes au fur et à mesure que l’on monte dans le strates hiérarchiques.
Dans d’autres secteurs, les hommes sont nettement plus en minorité. En officine, la non mixité est flagrante. Cela peut s’expliquer par la plus grande souplesse de travail qu’apporte l’officine en termes de coexistence vie professionnelle et vie familiale.
Parmi les pharmacien.ne.s biologistes et hospitalier.e.s, on compte aussi une majorité de femmes.